Cet article examine comment la matière, en tant qu'objet d'étude partagé, devient un territoire de rencontre fertile entre artistes et scientifiques, permettant l'émergence de nouvelles formes de connaissance. À travers l'analyse de deux dispositifs que nous avons conçus -Kiruna et L'harmonie des mondes -nous interrogeons la manière dont les processus de matérialisation et de transformation de données scientifiques en oeuvres artistiques génèrent de nouveaux paradigmes épistémologiques. Notre contribution théorique principale consiste à mobiliser le concept de tenségrité de Fuller (1961) comme modèle épistémologique : nous montrons comment, dans les articulations art-science, les tensions entre rigueur scientifique et liberté créatrice ne s'annulent pas mais se stabilisent dans des configurations dynamiques productrices de sens. Cette approche révèle que les pratiques art-science, loin d'être une nouveauté contemporaine, s'inscrivent dans une longue tradition remontant aux chronophotographes du XIXe siècle et aux laboratoires expérimentaux du XXe siècle. L'analyse démontre comment ces dialogues tensègres transforment notre compréhension des savoirs disciplinaires et constituent une écologie de pratiques redéfinissant les frontières entre art et science.
This paper theorizes mediation devices as resonance chambers for the politics of emerging technologies. Drawing on ethnographic observations in French organic robotics laboratories (PEPR O2R program), I analyze how material choices in laboratory settings echo global environmental policies, and how human-robot interaction paradigms resonate with broader social imaginaries. Rather than treating mediation as mere translation, I propose understanding it as amplification: mediation devices selectively amplify certain dimensions of phenomena while dampening others, producing politically consequential asymmetries.
[Version abrégée, article à paraître] Cet article propose une cartographie des concepts émergents dans le champ des technocritiques contemporaines. À travers une approche inspirée des méthodologies développées autour des « zones critiques » (Latour, 2021), nous identifions les seuils de transformation, les dialectiques structurantes et les strates historiques qui permettent de comprendre les reconfigurations actuelles de la pensée critique face aux technologies. Cette cartographie vise la mise en évidence des tensions productives qui traversent ce champ en mutation.
De quelle manière les communautés technologiques alternatives habitent-elles et cultivent-elles les zones de transition entre le dur, le souple et le weird ? Cette communication examine les passages et contaminations entre différents états de la matière technique, l'évolution des imaginaires technologiques depuis les contre-cultures des années 1960-70, et les formes de savoir qui émergent de ces pratiques interstitielles. En mobilisant Haraway sur l'habitation du trouble, Ingold sur les maillages, et Warburg sur l'iconologie des intervalles, nous montrons comment ces zones interstitielles constituent des espaces de potentialité.
[Version abrégée, article à paraître] Comment la robotique souple brouille-t-elle les frontières entre vivant et non-vivant ? Cet article explore cette question à partir d'observations ethnographiques conduites dans les laboratoires du PEPR O2R et au bloc opératoire du CHU de Lille. J'y analyse ce que je nomme les « matérialités récalcitrantes » — ces comportements émergents imprévus qui échappent aux catégories établies de contrôle et d'autonomie. Je développe un « protolexique » — cinq concepts forgés à partir de racines grecques pour nommer ces hybrides : métaxytechne, xénomorphose, hylopsychisme, synergognose, et symbiotechnogenèse.
Cette communication explore les représentations des corps qui habitent les zones de transition entre différents états de la matière — les « corps transitionnels ». À l'intersection des études sur la matérialité technique et de l'analyse des imaginaires technologiques, nous examinons comment certaines œuvres développent une « iconologie des intervalles » (Warburg) à travers des entités corporelles échappant à la dichotomie rigidité/fluidité, pour exister dans un état interstitiel que l'on pourrait qualifier de weird.
[Version abrégée, article à paraître] Comment les récits spéculatifs façonnent-ils nos imaginaires des technologies organiques ? Cette communication explore trois axes : les généalogies alternatives (Blood Music, Wetware, La Vie sur Epsilon), l'esthétique de la transition (Les Furtifs, The Electric Ant), et les temporalités enchevêtrées (Solaris, trilogie du Rempart Sud). Ces récits produisent des cadres conceptuels, des vocabulaires, des imaginaires qui influencent directement la manière dont nous pensons et habitons les technologies.