La pollution de l’air en Asie atteint régulièrement des niveaux extrêmement dangereux. Les émissions automobiles, industrielles et agricoles s’agrègent en dômes toxiques et couvrent la plupart des mégalopoles et des régions rurales des piémonts himalayens durant la saison sèche. Identifié dès le début des années 2000 sous le nom de « nuage(s) brun(s) d’Asie », ce phénomène a été décrit comme la plus vaste zone polluée du monde : il s’étend six mois par an du Pakistan à la Chine en passant par l’Inde et l’Asie du Sud-est. Le niveau de concentration des polluants primaires y atteint des niveaux jamais mesurés, même durant le grand smog de Londres dans les années cinquante. Qualifiés dans les médias locaux d’« airpocalypse » (Pékin, 2012) ou de « chambre à gaz » (Delhi, 2022), ces épisodes de pollution atmosphériques sont responsables selon l’OMS de 4,2 millions de morts prématurées par an. Poison lent qui impacte la santé humaine à long terme (y compris in utero), la pollution atmosphérique exprime aussi la violence du système économique global : l’amélioration de la qualité de l’air en Occident depuis les années soixante n’a en effet été rendue possible que grâce à la relocalisation d’une grande partie des émissions de carbone vers l’Asie.
Ma présentation prendra l’exemple de Chiang Mai en Thaïlande, qui est chaque année au printemps classée ville la plus polluée du monde -au même titre que Delhi ou Lahore à l’automne. Ici, une pollution saisonnière et ancienne, connue localement sous le nom de « saison des fumées », est devenue depuis une vingtaine d’années une crise politique et écologique majeure impliquant les différents groupes ethniques partageant leurs territoires, les autorités régionales, nationales et celles des pays voisins. Le cas est particulièrement intéressant pour une approche comparative entre Asie du Sud et du Sud-Est ainsi que pour une réflexion anthropologique sur les perceptions culturelles et les implications politiques de la pollution. Il montre comment un enjeu sanitaire s’inscrit dans une longue histoire d’inégalités, de conflits fonciers, de développement du capitalisme agraire et de représentations concernant les usages légaux et illégaux du feu. Il souligne aussi que l’ère du capitalisme global est un « pyrocène », une combustion du monde dans laquelle les émissions visibles et invisibles de carbone tout à la fois polluent les corps et renforcent les injustices.
L’atelier Asie du Sud-Himalaya (ASH) se réinvente et devient l’Atelier Asie du Sud-Himalaya – Sud-Est asiatique (ASH-SEA).
Son ambition est de réunir des spécialistes de l’« aire culturelle » ainsi déterminée en privilégiant les discussions comparatives. Il est ouvert à différentes disciplines et thématiques et peut prendre diverses formes :
Les étudiants, chercheurs, enseignants de tous statuts sont les bienvenus.
En 2023-2024, l’Atelier privilégiera le thème de l’environnement, décliné en diverses modalités (relations humain-animal, utilisation de produits phyto-sanitaires et naissance des préoccupations écologistes, perception de la « nature » et pratiques rituelles, gestion des forêts…)
L'atelier se réunit une à deux fois par mois au Lesc (MSH Mondes, Université Paris Nanterre) le jeudi entre 17h00 et 19h00, en salle 304 (bâtiment René-Ginouvès).
Comme le veut la tradition, la séance se prolongera par un pot convivial.
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